Il est des aveux qui résonnent comme des révélateurs. En reconnaissant publiquement une « grande injustice » envers le Maroc lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, Samir Sobha, membre du Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), ne s’est pas contenté d’exprimer un regret personnel. Il a mis en lumière un malaise plus profond qui traverse aujourd’hui l’instance dirigeante du football africain.
Cette sortie, rare dans les cercles décisionnels de la CAF, intervient dans un contexte déjà marqué par des controverses multiples autour de la gestion de la compétition. Elle relance surtout un débat de fond : celui du respect des règles, de la transparence institutionnelle et de la confiance dans les mécanismes de gouvernance du football continental.
Une finale devenue symbole de dysfonctionnements
La finale opposant le Maroc au Sénégal n’a jamais véritablement quitté le terrain médiatique et politique. Entre retrait des joueurs sénégalais en plein match, sanctions jugées insuffisantes et interrogations sur les décisions arbitrales, l’épisode a laissé des traces durables.
En dénonçant le non-respect des règlements et l’absence de sanctions disciplinaires prévues dans ce type de situation, Samir Sobha confirme ce que beaucoup soupçonnaient déjà : les procédures n’auraient pas été appliquées avec la rigueur attendue à ce niveau de compétition.
Son message est sans ambiguïté. Selon lui, les règles existent pour garantir l’équité sportive et leur application ne peut être sélective ou circonstancielle. En présentant ses excuses au peuple marocain et à sa sélection nationale, il reconnaît implicitement une faille institutionnelle majeure.
Au-delà du résultat, la question de la responsabilité
Le dirigeant mauricien ne conteste pas l’attribution du trophée au Sénégal. Mais son intervention soulève un point essentiel : la responsabilité des instances sportives face à leurs propres décisions. Peut-on préserver la crédibilité d’une compétition sans reconnaître ses erreurs ? Peut-on défendre l’intégrité du jeu sans garantir l’application stricte des règlements ?
Dans toute organisation, la capacité à admettre ses défaillances constitue un marqueur de maturité institutionnelle. Or, la CAF semble aujourd’hui confrontée à un dilemme : préserver son image ou affronter ses contradictions.
L’appel de Samir Sobha à « mettre l’ego de côté » et à reconnaître publiquement les irrégularités traduit une exigence de responsabilité qui dépasse le cadre d’un simple incident sportif.
Une gouvernance sous pression
Cette polémique s’inscrit dans une séquence plus large de tensions internes. Le maintien en fonction du secrétaire général Véron Mosengo-Omba malgré les interrogations sur la légitimité de son mandat, les révélations sur la gestion de l’arbitrage ou encore les divisions internes au sein du Comité exécutif alimentent un climat de défiance.
L’aveu d’un membre de l’instance dirigeante confirme l’existence de fractures internes et souligne l’absence d’une position unifiée. Plus qu’une crise ponctuelle, c’est une question structurelle de gouvernance qui semble émerger.
Dans un contexte où le football africain cherche à renforcer son rayonnement international, ces controverses fragilisent l’image d’une institution censée incarner l’équité et la rigueur sportive.
Restaurer la confiance, un impératif
Au-delà du cas marocain, l’enjeu est désormais celui de la confiance. Celle des fédérations, des joueurs, des supporters et des partenaires institutionnels. Une compétition perd de sa légitimité lorsque ses règles apparaissent discutables ou leur application incertaine.
L’épisode de la finale de la CAN agit ainsi comme un révélateur des défis auxquels la CAF doit faire face : renforcer ses mécanismes de gouvernance, garantir la transparence de ses décisions et restaurer l’autorité de ses règlements.
Car au-delà des trophées et des résultats, c’est la crédibilité même du football africain qui se joue. Et dans cette bataille, le silence ou le déni ne constituent plus des options durables.


